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Prêts à la consommation modiques et santé mentale, Afrique du Sud

Localisation: Capetown, Port Elizabeth, and Durban areas, South Africa
Sample: 787 travailleurs pauvres ayant sollicité un prêt à la consommation
Timeline:
2004 to 2006
Target Group: 
Men and boys
Women and girls
Outcome of Interest: 
Household finance
Women’s/girls’ decision-making
Self-esteem/self-efficacy
Intervention Type: 
Credit
Mental health
AEA RCT Registration Number: 
Partenaires:

Question de politique 

L’accès aux ressources productives est l’un des meilleurs moyens pour sortir de la pauvreté. Cependant, la plupart des personnes pauvres ne disposent pas du capital nécessaire pour investir dans la formation supérieure, les biens de consommation courante ou une activité économique. Élargir l’accès au crédit est un moyen couramment utilisé pour permettre la participation à l’économie et l’hypothèse couramment admise est que ce faisant, on améliore la situation des entrepreneurs et des petits commerçants. Cependant, le consensus est moins unanime lorsqu’il s’agit de savoir si un meilleur accès au crédit à la consommation permet d’aider les emprunteurs, notamment lorsque les prêts sont consentis à des taux d’intérêt plus élevés à ces consommateurs plus risqués.

Cadre de l'évaluation 

La pauvreté est très répandue en Afrique du Sud ; en 2001, environ 57 % de la population sud-africaine vivait en dessous du seuil de pauvreté.1 De nombreuses zones défavorisées pourraient potentiellement bénéficier d’un meilleur accès au crédit, ce qui aiderait les ménages à accéder aux biens de consommation courante. Or, les individus les plus pauvres sont peu solvables et/ou ne disposent pas des garanties nécessaires pour emprunter à des institutions traditionnelles, comme les banques de commerce.  Ce sont donc les prêteurs qui dominent ce marché informel et les taux d’intérêts qu'ils pratiquent s’établissent en général aux alentours de 30 à 100 % par mois.

Le prêteur avec lequel nous avons travaillé est établi en Afrique du Sud depuis plus de 20 ans ; il s’agit de l’institution de microcrédit la plus importante et la plus rentable d’Afrique du Sud. Cette institution propose des prêts modiques, à des taux d’intérêts élevés, sur une période courte ; ces prêts sont souvent proposés aux travailleurs pauvres ne disposant d’aucune garantie, et les remboursements doivent être effectués selon un programme prédéfini.

Father with young children

Father with young children. Photo: Aude Guerrucci | J-PAL/IPA

Détails de l'intervention 

L’intervention étudie l’impact direct de prêts modiques sur la consommation des ménages, sur leurs investissements, leur santé, leur éducation, leur patrimoine et leur bien-être. L’échantillon est composé de 787 personnes dont les demandes d’emprunt avaient été rejetées par le prêteur pour défaut de solvabilité. Les demandeurs étaient éligibles si, en dépit du rejet de leur demande, ils n'étaient pas considérés comme exagérément non solvables par les responsables chargés d’étudier les dossiers de prêt. 

La motivation pour élargir l’offre de crédit à un groupe d’emprunteurs pauvres et marginalisés est de deux ordres : d'une part, une telle offre s’adresse à ceux qui sont susceptibles de bénéficier le plus d’un élargissement de l’accès au crédit, à savoir les personnes pauvres exclues du système bancaire et, d'autre part,  cela fournit au prêteur des informations sur la rentabilité qu’il peut escompter en modifiant son processus de sélection et en étudiant avec plus d’attention les dossiers déposés par des emprunteurs à faible niveau de solvabilité.

Une partie des demandeurs éligibles, sélectionnés de manière aléatoire, a été affectée à un groupe appelé “seconde étude” : leurs dossiers étaient étudiés une seconde fois par le personnel, à qui l’on demandait, sans le leur imposer, d’autoriser les prêts pour une partie des demandes. En fin de processus, les agences ont accordé des prêts à 53 % des demandeurs précédemment rejetés. Une fois les demandes acceptées, les emprunteurs se voyaient proposer des conditions en termes de montant de l’emprunt, de taux d’intérêt et de date d’échéance, qui étaient conformes aux conditions de souscription standards du prêteur. Pratiquement tous les emprunteurs se sont vu proposer un contrat standard pour un premier emprunt, à savoir une durée de 4 mois et un taux d’intérêt de 200 %.

A l'issue de cette expérience, une enquête a été menée auprès des demandeurs des groupes test et témoin afin d’étudier les comportements et les résultats pouvant être affectés par l’accès au microcrédit.

Résultats et conclusions politiques 

Impact pour les emprunteurs : On constate que le fait d’élargir l’accès au crédit améliore considérablement le bien-être des emprunteurs. 6 et 12 mois après la fin du programme, l’autosuffisance économique (emploi et revenu) était plus élevée pour les demandeurs du groupe test que pour ceux du groupe témoin. 26% des ménages ayant bénéficié du crédit ont déclaré avoir amélioré leur consommation alimentaire. Des mesures de contrôle subjectives ont été effectuées pour évaluer la situation au sein des ménages, le statut de la communauté et le niveau général d’optimisme : tous les résultats étaient également plus élevés pour les bénéficiaires du crédit.  On constate des effets négatifs sur les niveaux déclarés de stress et de dépression, qui sont une autre mesure subjective du bien-être.

Impact à long terme sur la solvabilité
: Sur un horizon de 13 à 27 mois, les résultats de l’étude révèlent un autre impact positif : parce qu’elles ont  désormais un historique d’emprunteur, ces personnes peuvent présenter une notation financière (credit-rating), ce qui augmente leurs chances de pouvoir bénéficier à l’avenir d’un nouveau prêt. Pour  l’échantillon testé, cette augmentation a été de 19 % bien qu’il n’y ait pas eu d’impact sur le niveau de notation lui-même.

Rentabilité
: L'octroi de prêts à des emprunteurs marginalisés, habituellement rejetés par les processus d’évaluation du prêteur, s’est également révélé rentable bien que cette activité soit substantiellement moins rentable que celle de proposer des crédits à des clients plus solvables.

1 Southern African Regional Poverty Network (SARPN), “Fact Sheet: Poverty in South Africa,” http://www.sarpn.org.za/documents/d0000990/.

Fernald, Lia, Rita Hamad, Dean Karlan, Emily Ozer, and Jonathan Zinman. 2008. "Small Individual Loans and Mental Health: A Randomized Controlled Trial Among South African Adults." BMC Health 8(409): 1-40.

Karlan, Dean, and Jonathan Zinman. 2010. "Expanding Credit Access: Using Randomized Supply Decisions to Estimate the Impacts." The Review of Financial Studies 23(1): 433-464.

1 Southern African Regional Poverty Network (SARPN), “Fact Sheet: Poverty in South Africa,” http://www.sarpn.org.za/documents/d0000990/.